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*"Des Maçons Pour l'Europe "*
Association déclarée loi du 1er juillet 1901
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FÉDÉRATION  FRANÇAISE
LE DROIT HUMAIN
ORIENT DE PARIS No. 1593

"LA DIAGONALE DU FOU"

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Conférence & Débat de Michel ROCARD sur l’Europe
Ten.°. Bl.°. Ferm.°.  du  9  Mars  2006
" Aujourd'hui, où en est l'Europe ? Et quelle Europe ? "
     A l’initiative du "CHANTIER ITINERANT", Des Maçons pour l'Europe", Association Libre de Maçon(ne)s pour promouvoir l'Europe, 
     la R.°. L.° "LA DIAGONALE DU FOU" du DROIT HUMAIN a organisé le 9 Mars 6006 une Tenue Blanche Fermée pour débattre de l’avenir de l’Europe avec M. Michel ROCARD, Ancien Premier Ministre de la France, actuellement Député Européen affilié au Groupe Socialiste.
     Près de deux cents Ss.°. et Frs.°. de différentes Loges et Obédiences, soit pratiquement un Temple comble, ont assisté à cette tenue, dont Jean EISENBEIS, Président du Conseil National du DROIT HUMAIN, qui conduisait une délégation de Dignitaires de la Fédération Française du DROIT HUMAIN.
      Accueilli au nom du CHANTIER ITINERANT par notre Fr.°. Benjamin CUKIER, M. ROCARD a d’emblée averti qu’il allait délivrer une "vision très personnelle et énormément minoritaire" d’une  Europe "qui ne va pas bien" avec " la situation d’échec, de paralysie " générée par le refus du Traité Constitutionnel, mais une Europe qui selon lui reste néanmoins en mesure de peser considérablement sur les "grands défis économiques mondiaux".
     L'Orateur a ensuite répondu à de nombreuses questions.
     "Citoyen européen, Combattant de l’Europe Fédérale depuis 50 ans", Michel ROCARD a dressé un historique de la construction européenne depuis les "Pères fondateurs", démontrant que le rejet du Traité Constitutionnel s’inscrit dans une série de refus de construire une Europe politique, dont, entre autres, en 1954, celui du Parlement Français rejetant le projet de Traité instituant une  Communauté Européenne de Défense (CED). 
     " L’ambiguïté était dans le fruit depuis le départ, avec des Parlements hostiles à baisser le drapeau national ". 
     Mais malgré cet échec originel, réaliser le Marché Commun "d’abord par la douane" a été " la grande idée " qui a permis de créer une "interdépendance économique efficace", et aujourd’hui " la plus grande puissance économique de la planète dotée d’un pilotage commercial unique ".
     " Quelle formidable réussite ! " a lancé l’ancien Premier Ministre, en rappelant que cette construction européenne " qui avance de crise en crise ", a non seulement permis la réconciliation franco-allemande, mais aussi généré un " espace de paix " durable sur le Continent.
     " Vue de l’extérieur, l’Europe est apparue tellement fabuleuse que tout le monde a voulu en être ". Les élargissements successifs à l’Espagne, au Portugal et à la Grèce, puis aux pays de l’Est, ont ainsi " induit une situation paradoxale : l’Europe a pris du poids politique sans en tirer les conséquences ". Jusqu’à ce qu’elle éprouve " une honte épouvantable " devant son impuissance face à la crise en ex-Yougoslavie. 
     Malgré les avanies, les " bricoles " comme dit l'Orateur, issues de la nouvelle Politique européenne de Sécurité et de Défense, " les missions de maintien ou de rétablissement de la paix dites de Petersberg, ou le futur "Corps Européen" de 60.000 hommes, ça marche.  Toutefois, si ça a l’air très gros, ça ne pèse rien sur le plan géostratégique ". 
      Jugeant très improbable la reprise de négociations sur le Traité Constitutionnel, Michel ROCARD estime que " l’Europe Politique est morte ".
      " Le vieux rêve des Fondateurs a échoué. Celui d’une Europe intégrée, voire fédérale, véritable puissance politique internationale ", se heurte à la réalité qui veut " que  plus de la moitié des pays de l’UE sont venus pour en faire une grande Suisse ", laquelle laisse volontiers aux Etats-Unis le rôle de  " gendarme du monde ". " L’Europe a la malchance d’être vouée à l’intendance, à l’argent, à l’économie, d’être un club de riches gérant au mieux ses problèmes de voisinage ".
     Mais selon Michel ROCARD ce " triste bilan " ne diminue en rien l’influence d’une Europe qui semble être " le système le mieux adapté au monde d’aujourd’hui ", à un moment où  " l’intendance est la clé du sauvetage de l’humanité, dans la perspective d’une  confrontation politique et sociale entre pays développés ".
L’ancien Premier Ministre Français bâtit cette thèse originale sur trois constatations :
     - L’émergence d’un " pouvoir mou " dans une " période curieuse de l’humanité où la force militaire ne servirait plus à rien ". Selon Michel ROCARD, l’analyse des récents conflits contemporains (Proche-Orient, Irak etc.…) tend à démontrer que " l’on est souvent revenu au point de départ ", et que " la démocratie ne s’impose pas par la force ".
     - Le développement du capitalisme " actionnarial ", fondé sur  " l’exigence par les actionnaires du dividende le plus gros et le plus rapidement possible ". Il a engendré une " aggravation vertigineuse des inégalités, de la précarisation au travail, la réapparition d’une pauvreté de masse ", ce qui rend ce système économique très " instable ". " L’endettement colossal des Etats-Unis qui empruntent 1,9 milliards de dollars par jour rend l’hypothèse d’un tsunami financier tout à fait possible ". 
     - Une Europe " d'ores et déjà à la taille des dramatiques problèmes mondiaux de l’heure", est, avec sa monnaie propre, l’Euro,  protégée de cataclysmes financiers éventuels.
     Au-delà, parce qu'elle s'est dotée de "compétences d’arbitrage ", qu'elle se présente unie et parlant d’une seule voix à l’O.M.C ( Organisation Mondiale du Commerce), elle pourrait se révéler un " abri " bienvenu, avec son pôle monétaire solide, en cas de tsunami financier.
     Michel ROCARD envisage dès lors la confrontation de deux modèles antagonistes au sein du capitalisme actionnarial mondial. 
 
Le premier modèle, porté  par les Etats-Unis, le Japon, le FMI, la Banque Mondiale, se rap- proche des thèses ultralibérales de Milton Friedman qui affranchissent le capitalisme de toutes règles pour miser sur un équilibre " spon- tané ", que le marché assurerait lui-même. Un système qui marginalise l’Etat, la Sécurité sociale, les Services Publics.
 
Le second modèle est celui d’une Europe qui incarne "les Droits de l’Homme, plus la Sécurité Sociale et le respect de l’Environne- ment ", avec " 80% des Européens qui veulent protéger leur sécurité sociale ".
      Or  c’est l’Europe, rappelle Michel ROCARD, " qui a arraché la création d’un Tribunal Commercial Mondial, l’O.M.C ".  L’Europe, ajoute t-il, "est aujourd’hui l’entité la plus influente en matière de création d’un droit. Elle est en position de faire petit à petit la loi du monde ", sous-entendu : face aux USA, et également aux autres géants qui montent.
     Pour Michel ROCARD, nous devons apprendre à vivre dans une Europe qui est durablement un " OCNI ", un " Objet Constitutionnel Non Identifié , qui n’a pas le droit de définir ses frontières car ce serait pour les garantir ", et qui a donc intérêt " à occuper l’espace le plus grand ".
     " Nous avons à gérer un ensemble économique qui n’est pas limité par son espace, et qui peut peser énormément sur les règles économiques  mondiales ".
     Les principaux enjeux européens se situent dans les domaines de l’Education et de la Recherche, et dans l’enracinement de nos valeurs dans un système économique qui le permette, a conclu Michel ROCARD  en invitant ses auditeurs, et plus largement les Français, à se familiariser avec " une culture économique " qui leur fait trop souvent défaut.
     Après qu'il ait répondu aux nombreuses questions d'un auditoire particulièrement attentif, l'Orateur a écouté les vifs remerciements du Président du DROIT HUMAIN, notre F . Jean EISENBEIS, en son nom et en celui de tous les SS.°. et FF.°. présents.
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